Depuis 2 mois, je change de métier : chef d'entreprise
Posted on Wed 16 September 2026 in Réflexion
Ça fait 20 ans que je fais de l'infra Linux.
20 ans à installer des serveurs, à automatiser des déploiements, à éteindre des incendies à 3h du mat', à expliquer que non, « ça marche sur ma machine » n'est pas une stratégie de mise en prod. AdminSys, SRE, DevOps, appelez ça comme vous voulez : mon boulot, c'était de faire tourner les machines des autres. Proprement, si possible.
Et depuis 2 mois, je change de métier. Je deviens chef d'entreprise.
Une idée qui me trotte depuis 10 ans
L'idée n'est pas neuve. Elle me trotte en tête depuis facilement 10 ans : permettre à tout le monde de sauvegarder ses photos et ses documents, simplement, sans avoir à y connaître quoi que ce soit.
Ceux qui me lisent depuis un moment voient le lien. En 2023, j'écrivais sur l'auto-hébergement : mes photos de vacances, c'est mes souvenirs à moi, je ne veux pas qu'elles traînent sur des serveurs qui ne m'appartiennent pas et qui pourraient les exploiter. Mon carnet d'adresses, mes agendas, tout pareil.
Sauf que l'auto-hébergement, c'est chouette quand on est du métier. Un vieux PC, un Debian, un docker-compose, un reverse-proxy, et hop. Pour les autres, pour ma famille, mes amis, les gens « normaux », c'est juste inutilisable. Et les solutions « faciles », on sait ce que ça veut dire : Google Photos et consorts, Cloud Act américain, abonnement qui augmente, et vos souvenirs qui servent à entraîner des IA.
Donc voilà : faire du Nextcloud-pour-tout-le-monde, sans le Nextcloud-pour-geeks. Un service français, conforme RGPD, où on clique, ça sauvegarde, et on n'en parle plus.
Ça s'appelle Archibou, et je lance très bientôt.
Depuis 2 mois : tout faire, vraiment tout
Sur le papier, « monter un service de sauvegarde », ça sonne technique. En pratique, la technique, c'est 20% du boulot. Le reste, je le découvre. Et comme je suis tout seul pour le moment (mais j'espère bien pas trop longtemps), c'est bibi qui s'y colle :-D
Moi qui n'avais jamais fait d'appli mobile de ma vie, me voilà à créer une app Android de A à Z : authentification, galerie, synchro auto en arrière-plan, mode hors-ligne, souvenirs « ce jour-là », carte, scanner de documents... Et le service derrière, pareil : comptes, stockage, quotas, paiements, suspensions en cas d'impayé, tout ce qu'on ne voit jamais quand « ça marche juste ».
Et autour :
- les partenaires : hébergeur, prestataires paiement, tout ce petit monde avec qui il faut discuter, comparer, signer
- la réglementation : RGPD, CGV, facturation, mentions légales. Moi qui trouvais déjà les crash-tests de l'automobile contraignants (cf mon post de 2020), je suis servi
- le marketing : positionnement, tarifs, pages d'offres, dossier de presse
- les réseaux sociaux : créer les comptes, publier régulièrement, expliquer sans jargonner. C'est un métier, en vrai
Bref, je suis passé de « je gère l'infra » à « je gère tout ». Y compris les trucs où je suis nul. Surtout les trucs où je suis nul, en fait.
Un vrai changement de carrière
En 2020, j'écrivais que coder par passion n'est pas pareil que coder pour un employeur. Que la passion ne devrait pas avoir à porter la responsabilité de vies humaines ou de contraintes industrielles.
Là, c'est encore un autre cran. Quand t'es adminsys, si ça casse, tu répares. Quand t'es chef d'entreprise, si ça casse, c'est ta boîte qui casse. Si personne ne s'inscrit, si le message n'est pas clair, si le prix est à côté de la plaque, il n'y a pas de « c'est la faute de l'infra » ou « c'est la faute du marketing ». C'est juste la tienne.
C'est à la fois flippant et vachement stimulant. Après 20 ans à être expert dans mon couloir, me voilà débutant partout ailleurs. Je réapprends à être mauvais, à poser des questions bêtes, à me faire relire, à itérer.
Est-ce que ça va marcher ? J'en sais rien. Ce que je sais, c'est que l'idée me suit depuis 10 ans, que le besoin est réel — tout le monde a des photos qui comptent et personne n'a envie de les perdre ou de les offrir aux GAFAM — et que si je ne le tente pas maintenant, je vais le regretter.
Rendez-vous dans quelques semaines ou mois pour le savoir !